Let’s Eat Grandma – I, Gemini

C’est sous le nom de Let’s Eat Grandma que Jenny Hollingworth et Rosa Walton, meilleures amies depuis l’enfance et âgées de seulement 17 ans, ont décidé de laisser s’exprimer leur créativité musicale. De cette fusion est né un album irréel d’étrangetés pop progressives et incroyables. Écoute et chronique.

Un épais voile de mystère nappe le projet Let’s Eat Grandma, et à défaut de page Wikipédia, c’est dans des recoins dissimulés du site de la formation qu’on peut trouver quelques informations essentielles: deux jeunes amies de 17 ans souhaitant combiner, selon leurs propres termes, “pop pure et bizarrerie progressive”. Ce postulat posté, elles sortent alors leur premier album, I, Gemini, formidable ode à la diversité musicale et à l’exploration folle de multiples sonorités au sein de mélodies agréablement pop. Ainsi, le disque s’ouvre sur Deep Six Textbook, ballade aérienne et vaporeuse, où les voix des deux chanteuses s’entremêlent, se défont, pour mieux se retrouver et progresser au sein d’une mélodie agréable et ouateuse. Il serait cependant trompeur de prendre l’ambiance de ce premier morceau comme acquis: si Jenny et Rosa ouvrent leur œuvre sur une note aussi délicate, c’est pour mieux surprendre par la suite et démolir méthodiquement toutes les cases dans lesquelles il serait tentant de les ranger.

LETS EAT

C’est ainsi que les deux musiciennes s’amusent à nous servir des morceaux aux influences insolemment maîtrisées: sur Eat Shiitake Mushrooms, elles s’amusent avec une rythmique et un chant très hip-hop; sur l’introduction de Rapunzel, elles ne dissimulent pas des influences classiques avec une délicate ouverture au piano; sur Chimpanzees In Canopies, c’est avec une mélodie typée asiatique qu’elles nous accueillent; sur Welcome to the Treehouse Part II, elles ouvrent le morceaux avec des percussions peignant des rythmes sauvages, tribaux. Et non contentes de nous servir des mélodies aussi maîtrisées, Jenny et Rosa n’hésitent pas à déstructurer leurs morceaux, les ouvrant avec une mélodie et un thème particulier pour mieux le déconstruire, rajouter de mélodieux chants et de puissantes instrumentations, faisant décoller le morceau dans des sphères musicales insoupçonnées, pour finalement mieux retrouver le thème initial en milieu de morceau, au détour d’un refrain d’une puissance folle.

LET4S EAT

Dans une optique de dialogue, se répondant l’une à l’autre, chantant à l’unisson, les voix de Jenny et Rosa se complètent toujours à la perfection, se laissant aller à toutes sortes d’expérimentations vocales, conscientes de leurs capacités et libres d’en faire ce qu’elles souhaitent. C’est ainsi qu’elles peignent, tout au long de I, Gemini, un paysage sonore fantastique, inconnu jusque-là, constitué de nappes de synthétiseurs et de mystérieuses mélodies, tantôt réconfortantes, tantôt inquiétantes, cherchant à nous apaiser ou au contraire à aller nous chercher dans des terrains insoupçonnés.Et c’est sur Uke 6 Textbook, une joyeuse ballade à l’ukulélé, que s’achève l’album, témoin d’une fantastique volonté d’éclectique recherche de sonorités.

La musique de Let’s Eat Grandma est sans égal, sans pareil. Et si le syndrome du premier album se fait ressentir dans la production de certains morceaux, parfois un peu abrupte, les deux amies d’enfance peuvent se vanter d’avoir à elles seules sorties un des albums les plus incroyables et les plus inclassables de cette année 2016. Si le voyage peut se révéler déconcertant et peu accessible, il faut se laisser emporter par ce premier effort. Une fois drapé dans les mélodies de Let’s Eat Grandma, impossible de s’en détacher, ou d’envisager un autre paysage musical que ce fantastique Eden, libre de toutes règles et conventions.

http://letseatgrandma.co.uk/

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