Interview – Antoine de Caunes : “Les Beatles, c’est mon socle”

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Antoine de Caunes à l’occasion de Solidays et avec lui, nous avons parlé Solidarité Sida et musique UK.


Tout d’abord, et parce que c’est quelque chose que je ne sais pas – comme sûrement beaucoup de nos lecteurs : à partir de quand t’es-tu engagé pour Solidarité Sida et qu’est-ce qui a provoqué cet engagement ?

Ce qui l’a provoqué, c’est la visite de Luc Barruet à mon bureau en 1993. Il venait de fonder son association un an plus tôt, il cherchait une tête de gondole. Jusqu’alors je m’étais abstenu de m’engager pour une association parce que j’avais un statut semi-journalistique et je voulais garder une forme de neutralité. Si je m’engageais, je pouvais le faire de manière privée, mais pas à titre public. Et puis on a parlé, il avait un tel engouement, il dégageait un tel enthousiasme – Luc Barruet quoi – qu’il était difficile de lui résister. Mais surtout, le sujet auquel il s’attaquait résonnait de manière très familière à mes oreilles parce que je connaissais plein de gens qui avaient été touchés dans la décennie précédente, parce que ça touchait la génération de mes enfants et puisque parce que ce virus était au carrefour de tout. En parlant de ça, on se retrouvait à parler politique, d’économie, de relation sexuelle, d’amour, de rapports entre nord et sud. Donc j’ai dit oui pour être porte-parole et je le suis resté.

Et c’est très louable quand on voit le travail accompli…

C’est le travail de l’association qui est exceptionnel, moi je suis là pour filer un coup de main. C’est eux qui au quotidien font le travail…

 

2017, c’est l’année du 0,7 pour vous. C’est aussi l’année d’un nouveau président, Emmanuel Macron. Qu’est-ce que tu attends de lui et quel message tu as envie de lui faire passer ?

On attend beaucoup de choses d’un nouveau président, mais très précisément par rapport à Solidarité Sida et l’opération du Printemps Solidaire, on demande à ce que la France respecte ses engagements pour l’aide au développement. Il y a 48 ans de cela, un accord a été signé entre pays européens, où les plus riches s’engagaient à aider les plus pauvres à leur développement, à hauteur de 0,7 % de leur PIB. Un tas de pays le font et il se trouve que la France en est à la moitié – 0,37 – donc on essaie de mettre la pression parce qu’on estime qu’aujourd’hui, la solidarité est la clé de tout. Cette solidarité n’est pas seulement utopique, elle est pragmatique, il faut vraiment l’appliquer.

Luc Barruet s’avouait très déçu de la baisse de fréquentation. Quel est ton ressenti ?

C’est moins notable que ce à quoi on s’attendait… On sort d’une campagne présidentielle, et puis même si on est le festival le moins cher de tout le circuit, ça reste 40 euros la journée, 89 euros les trois jours, c’est quand même un peu d’argent. Il y a d’autres propositions de festivals donc on est obligé de rajouter encore plus.

As-tu un moment que tu retiendras de ta longue expérience avec Solidays?

C’est la somme des moments qui rend la chose forte. Ce que j’aime dans ce festival, c’est son état d’esprit. Il y a un mélange entre le plaisir qui est un maître-mot dans cette entreprise, et l’utilité, le sentiment de servir à quelque chose. Ce n’est pas un festival pas comme les autres, en ce sens qu’il a vraiment une âme. Même si on ne vient que pour la musique, on ne peut pas ressortir sans avoir entendu ce qu’il se raconte ici.

Je vois très peu de concerts en fait, je passe mon temps à circuler, à aller remercier les gens, à faire des interviews. Mais hier soir, il y avait celui d’Archive, et le début était juste magnifique.

 

 

Tu viens de faire tout seul notre transition vers la partie musicale… Est-ce que tu as un artiste/groupe, britannique ou non, que tu rêverais de voir jouer ici ?

Oui. Je rêverais de faire jouer Bruce Springsteen, parce que c’est quelqu’un qui porte toutes ces valeurs dans son travail et sa personne depuis plus de 40 ans. Et je suis très fan de Springsteen…

Vous lui avez déjà proposé de venir ?

Oui mais c’est compliqué parce qu’il est dans une certaine logistique, il faut que cela s’inscrive dans une tournée… Ou alors, si un jour il est en Europe, il peut débarquer comme ça à l’improviste, sans son groupe. J’adorerais qu’on puisse l’avoir un jour, à passer la soirée entière du samedi avec lui.

Mais sinon, ouais, Gorillaz, j’adorerais aussi.

Ce serait magnifique… T’as plus qu’à demander à ton beau-fils, qui n’est autre que Jamie Hewlett ! Ce type doit être sacrément inspirant, limite intimidant pour toi, non ?

Ah oui, c’est quelqu’un de très inspirant en effet. Et puis, pour le coup, je le vois à l’œuvre, dans ce qu’on connaît de son travail, même le plus personnel, je pense à son exposition à Londres l’an dernier sur les pins en noir et blanc, qui était exceptionnelle. Je peux dire que je suis assez ravi d’avoir un gendre comme ça oui.

Du coup, tes barbecues du dimanche, tu les passes avec lui et Damon Albarn ?

(rires) Domaine privé !

 

 

Est-ce que tu as grandi avec un groupe britannique qui a forgé ta culture et celui que tu es devenu ?

Les Beatles, sans hésitation. Ah bah oui. J’aime beaucoup d’autres choses, mais les Beatles, c’est le socle. Et à travers les Beatles, toute la pop anglaise de l’époque. J’adore les Stones, les Kinks, les Yardbirds…

Toi qui a beaucoup voyagé, au gré de tes tribulations, rencontres, de tes émissions, est-ce qu’il y une ville britannique qui t’a séduit plus qu’une autre ?

Londres.

Pour son éclectisme ?
Oui il y a dans cette ville une énergie phénoménale. Quand je veux me changer les idées, récupérer d’un coup de mou, si je suis dans un moment de fatigue et de déprime, je vais là-bas. Il y a un esprit festif, de mélange culturel, qui est très galvanisant. Et puis l’ouverture d’esprit…

 

 

Je sais que tu en a rencontré des milliers, mais y’a-t-il un artiste dont la rencontre restera gravée dans ta mémoire ?

Paul McCartney !

(rires) On y revient !

Un tête-à-tête de 30 minutes avec Paul McCartney. Incroyable. C’était un rêve de môme. En même temps, il est tellement aimable, simple et drôle qu’on a passé un super bon moment.

Du coup, je pense que tu vas me dire les Beatles. Ton groupe UK préféré c’est ? Moi c’est Queen, avec qui j’ai grandi…

Ouais, c’est The Beatles. J’aime bien Queen, mais si tu veux, les Beatles, ils ont inventé une grammaire, un vocabulaire, un stylisme, une attitude. C’est même très difficile de se détacher de leur attraction. Mais globalement, j’ai toujours adoré la musique anglaise, j’ai traversé les époques punk, new wave, j’ai adoré les Clash, New Order… et c’est toujours un pays qui a produit une musique qui m’a semblé surexcitante, nouvelle, bousculant les codes, jouant, sans esprit de sérieux. Mais oui le fondement de tout cela, ce sont les Beatles.

Quid de la nouvelle scène ? Est-ce que tu as des groupes ou artistes que tu écoutes ?

J’aime beaucoup Michael Kiwanuka. Son dernier album, un croisement assez intéressant entre Pink Floyd – qui n’est pas du tout mon groupe préféré – et Marvin Gaye. Il y a un petit duo qui s’appelle Slaves et que j’aime énormément. Je suis fanatique de Richard Hawley, qui est un peu moins jeune, et notamment un album qui s’appelle Truelove’s Gutter et que je peux écouter en boucle.

 

 

L’année prochain, t’aimerais avoir qui ici ?

Euh… On va essayer Springsteen (rires). Je lui demande depuis des années…

Au pire, tu te replies sur Paul McCartney…

(rires) Oui, mais lui c’est pareil, question de logistique. Et puis il y a tellement de sollicitations de festivals, il faut s’inscrire dans le cadre d’une tournée.

C’est le genre de gars qui coûte cher non ? Je me suis toujours demandé… comment Solidays fait pour payer les artistes ? Est-ce que vous faites des cachets au rabais ?

Les artistes nous font des conditions défiant toute concurrence. Et puis c’est dans la culture de ce festival. Les gens savent pourquoi ils viennent jouer à Solidays. C’est plus difficile maintenant parce que le marché du disque s’est effondré et que les artistes sont sur-sollicités l’été.

Mais on est habitué à se battre. L’année prochaine, on va revenir avec un festival d’enfer !

 

1 Comment
  • TEFFAF
    Posted at 17:27h, 06 avril Répondre

    Bravo Monsieur ! Moi, me rappelle de votre papa Georges qui commentait les matchs de boxe à l’époque avec son timbre de voix bien à lui. Les Beatles depuis la grève de 1968 suis resté scotché à toutes leurs chansons, d’ailleurs suis moi-même chanteur bassiste.

    Ce groupe a tout révolutionné et innové dans tous les domaines de la musique populaire. Le duo Lennon/McCartney est le plus prolifique du 20ème siècle. Chez eux tout était complémentaire et chacun avait sa propre personnalité. Un humour très sarcastique surtout Lennon, qui me faisait parfois penser au frères Marx.

    Ils ont ouvert la voie aux plus grands groupes et chanteurs d’après 1970. Les Queen groupe que j’apprécie prenaient souvent comme exemple les Beatles. Mercury avait écrit après l’assassinat de Lennon : “Life Is Real” . La marque du scarabée restera gravés à jamais dans l’histoire de la musique comme l’était de son vivant “Mozart” le génie.

    Merci Antoine pour tes émissions musicales des années 80 !
    KHALED L’HUMANISTE

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