Ex:Re

Ex:Re à cœur ouvert, l’entretien

Elle nous avait déjà bouleversé avec deux albums -voire trois, si on compte la jolie bande originale du jeu vidéo Life Is Strange: Before The Storm– avec Daughter, Elena Tonra s’est désormais exportée en solo, le temps d’un projet éphémère incroyablement brut et personnel, Ex:Re. Alors qu’elle s’apprête à le jouer en live pour une poignée de dates européennes, la Londonienne nous a parlé de la mise au monde de ce bijou.

Avant que l’album sorte, tu disais « avoir peur » de le révéler au monde entier. Aujourd’hui, ça fait trois mois qu’il est sorti. Comment te sens-tu ?

Je suis très fière de l’album. C’était une expérience vraiment positive. L’écriture fut perturbante mais l’enregistrement fut un très beau moment. Puis, la réception a été très chaleureuse… pour l’instant, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer. (rires) J’ai l’impression d’avoir enfin libéré quelque chose de mes entrailles.

Comme un soulagement ?

Oui, je me sens beaucoup mieux depuis.

Au sein de Daughter, tes paroles ont toujours été très personnelles mais avec ce projet, elles le sont encore plus. Tu n’as pas peur qu’elles le soient parfois trop ?

Oui, j’ai souvent peur d’en révéler trop à propos de moi, en termes de vie privée. Parfois, je me dis « N’est-ce pas trop ? Est-ce que je suis en train de perdre un peu de vie privée pour l’écriture ? ». C’est difficile, je me bats toujours entre ça et la volonté d’être le plus honnête possible, exprimer quelque chose qui me serait bénéfique de partager. Il y a toujours ces questions sur les détails que je devrais garder ou non. Je nivelle aussi ça pour que ce ne soit pas injuste envers quelqu’un. Par exemple, je ne dévoilerais jamais qui est l’ « ex » d’Ex:Re. Il y a certaines choses qui devront toujours rester privées. Il suffit juste de réussir à trouver l’équilibre.

Est-ce qu’il t’arrive d’écrire quelque chose et de te dire « Non, je ne peux pas écrire ça, je ne peux pas dire ça dans une chanson » ?

La plupart du temps, je le dis quand même. (rires) Parfois, je me dis « Devrais-je laisser ça ? » puis « OUI ! ». Mais d’autres fois, quand je trouve que c’est injuste, surtout sur cet album, j’y pense oui.

N’avais-tu pas peur aussi d’être trop méchante envers cet « ex » ?

Je m’en suis inquiétée. Quelques morceaux sont effectivement méchants et énervés. Mais ça date, je ne ressens plus ça. C’est ce que je ressentais à l’époque.

Même si cet album est très personnel, tu as décidé d’utiliser un pseudonyme au lieu de ton nom. Pourquoi ?

Au début, les gens me disaient d’utiliser mon vrai nom, étant donné que c’est un projet solo. Pourtant, je pense qu’Ex:Re est une créature, une sorte de version cinématographique du moi de l’époque. Les morceaux sont des souvenirs lointains. Je trouvais que ça ne correspondait pas à qui je suis réellement. Cette personne est une vieille version de moi, qui était extrêmement triste et dévastée. Je ne pense pas que cet album définisse ma personne entière. Je ne veux pas que les gens pensent que je suis constamment misérable. Parfois, je suis drôle. (rires)

L’honnêteté dans les paroles se ressent dans la musique –la batterie omniprésente, le beat électronique constant dans « Romance »- très brute sur ce projet. Comment as-tu fait pour transposer ces sentiments en mélodies ?

C’était plutôt intéressant car l’écriture était la description de faits, de souvenirs (sûrement déformés et biaisés car on est toujours dans sa propre équipe) mais je voulais que chaque souvenir soit placé dans un cadre. Je voulais donner de l’espace à la musique. Je voulais que « Romance » sonne comme si j’étais dans le club où j’ai écrit le morceau, que « The Dazzler » ait le sentiment de quelqu’un en train d’errer dans une chambre d’hôtel. La musique est venue de manière très naturelle, comme une bande originale des endroits où les morceaux ont été écrits. Le violoncelle a une place très importante dans l’album, il me procure énormément d’émotions quand je l’entends. J’essayais tout simplement de dresser le portrait avec la musique.

En parlant de « The Dazzler », dans la vidéo, le personnage principal est coincé dans une boucle temporelle dont elle ne peut pas s’échapper. C’est comme ça que tu te sentais à ce moment-là ?

Oui, définitivement. Même dans la vie en général, je me sentais comme dans une boucle. Mes amis et connaissances avançaient dans la vie pendant que j’étais bloquée, à me sentir dévastée et boire de l’alcool. Mais ça n’aide pas du tout. Comme un cycle sans fin, je ne grandissais pas, je n’apprenais rien. Dans « The Dazzler », c’est juste moi décrivant ma nuit, ennuyante au possible. Un bout de papier interminable quand j’étais bourrée. J’avais l’impression d’être inutile et bloquée mais c’était faux, j’étais en train de créer et digérer la rupture.

Mais tu termines la chanson sur « This is living »

Oui, « this is living alone »… Je peux faire tout ce que je veux ici. C’est juste moi toute seule, me sentant incroyablement libre et seule. Mais j’étais loin d’être libre.

« In your hands, my heart »… c’est sur cette ligne pessimiste et sombre que se termine l’album.

C’est intéressant que tu trouves ça sombre et pessimiste car ce n’est pas ce que je ressens, mais c’est génial d’avoir différents points de vue. En fait, c’est l’idée que quelqu’un soit dans ton cœur pour toujours mais que tu sois d’accord avec ça. Il est toujours là, mais c’est normal maintenant, je l’emporte partout avec moi. Je sais que c’est terminé mais je suis en paix avec l’idée qu’il a, en quelque sorte, mon cœur. Quand on a aimé quelqu’un à ce point, on ne peut pas juste le rayer comme ça. Parce que ça n’a pas marché ne veut pas dire que tu ne peux pas adorer une personne et vouloir le meilleur pour elle, même après toutes les choses horribles sur lesquelles je m’énerve dans l’album. (rires) Pour moi, c’est paisible. C’est pessimiste au début « Tu l’as, je ne veux pas » puis à la fin « D’accord, tu l’as, ça me va »… Mais il y a encore de la place pour beaucoup de monde dans ce petit cœur.

Propos recueillis par Simon Brazeilles

Ex:Re sera en concert au Café de la Danse le 8 avril prochain.

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