The Pale White @ Badaboum

Interview – The Pale White

Pour l’annonce de leur premier album Infinite Pleasure, le trio de Newcastle nous a accordé un échange. Entre surconsommation, Brexit et COVID-19, voici le récit d’un groupe de rock indépendant en temps de crise.

C’est sur Zoom, en visioconférence qu’on a retrouvé Adam Hope, chanteur et leader du trio The Pale White qui sort son premier opus Infinite Pleasure. Un album de très bonne facture et prometteur pour la suite du groupe. En ces temps bien difficiles pour la musique, Adam nous évoque une industrie méfiante et la difficulté de faire carrière dans le rock aujourd’hui.

Sound of Britain: Cela fait 5 années que The Pale White existe, pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour voir ce premier opus sortir ? Vous aviez besoin de temps ou c’est plutôt des contraintes liées à l’industrie de la musique qui sont à l’origine de ce délai ?

Adam Hope (The Pale White) : C’est un peu des deux pour être honnête. Nous sommes indépendants depuis le début et faire un album coûte beaucoup d’argent. On a eu des offres beaucoup plus tôt pour un album mais on ne se sentait pas encore prêts… Je suis très heureux que l’on ai patienté parce que je pense qu’on est un groupe un peu différent maintenant. Tout a mûri dans ce projet et on a plus d’expérience vis-à-vis de l’industrie musicale. Je pense sincèrement que si on avait sorti un album dans les 2 premières années du groupe, on ne jouerai plus ensemble aujourd’hui. Je ne pense pas qu’on en aurait été très fier !

Pourquoi ? Quels changements vous ont permis d’arriver à un tel résultat ?

A.H : Parce que nous avons vraiment gagner en maturité. J’ai la sensation que mon écriture est 10 fois meilleure qu’avant. J’ai de la nostalgie pour nos anciens morceaux, j’ai de supers souvenirs mais je suis content qu’ils ne soient pas sur l’album. On a beaucoup travaillé par arriver jusqu’ici et on en est fiers. C’est le moment idéal pour sortir cet album pour nous, en dehors de la pandémie bien sûr.

La sortie d’un premier album c’est un moment important dans une carrière. Qu’attendez-vous de cette sortie ?

A.H : Oui, ça veut tout dire un premier album ! On espère que les gens vont l’écouter et découvrir une nouvelle facette qu’on n’a jamais eu l’occasion de présenter jusqu’à aujourd’hui. Quand tu démarres dans la musique en 2020 ou 2021, on veut que tu sortes single sur single. Donc on est ravi d’avoir pu prendre le temps de créer un ensemble de morceaux, un album qui paraît être un voyage. On n’a pas eu pour objectif d’atteindre toutes les playlists. Donc je pense que les gens vont être un peu surpris mais j’espère surtout qu’ils vont l’adorer !

Mais du coup, est-ce que le format album est encore d’actualité ?

C’est plus dur aujourd’hui de faire des albums. Je me souviens qu’au moment où notre premier single Reaction a été élu BBC Track of the Week, notre manager nous avait dit : «  Si ça avait été il y a 5 ans, on vous aurait offert un deal à 500k livres. Mais nous sommes aujourd’hui alors il va falloir sortir le prochain single ». C’était une injection de réalité pour nous. C’est dur aujourd’hui, avant on pouvoir simplement envoyer des démos et si le label aimait, il signait les artistes pour 4 ou 5 albums. Ca ne marche plus comme ça aujourd’hui. On a eu beaucoup de chance d’avoir une liberté artistique totale pour cet album, c’est pour ça qu’on en est fiers.

Comment vous vivez la situation actuelle ? Cela a été dur pour tous le monde, mais en tant qu’artistes, quel a été votre sentiment ? Vous avez réussi à lier cet album avec ce contexte c’est assez fort.

A.H : Oui c’est vrai ! Le principe de Infinite Pleasure c’est de faire un pied en arrière par rapport à cette situation. Tout va beaucoup trop vite dans ce monde, on se prépare constamment à la chose suivante et on ne profite jamais de ce qu’on a déjà. C’est un peu ce qu’on l’on a appelé Infinite Pleasure, ce désir de profiter du bonheur total et je ne suis pas sûr qu’on puisse y arriver un jour en tant qu’humain. On n’en aura jamais assez. Et j’ai l’impression qu’étrangement, la pandémie a permis aux gens de prendre conscience de ça et de faire ce premier pas en arrière.

On a tous perdu quelque chose dans cette crise, parfois quelque chose de très simple, le fait de pouvoir aller dehors par exemple ou de voir des amis. Je pense qu’après avoir perdu tant de petits plaisirs, on va profiter d’autant plus par la suite et ça colle très bien avec le message de cet album, assez bizarrement.

Ce qui est difficile, c’est que ce genre de choses, on ne pense à ce quelqu’un puisse vous les enlever. On est un groupe de rock, on adore jouer sur scène. Ne plus avoir ça, c’est horrible. C’est l’espoir de retrouver tout cela qui nous maintient debout je pense.

En dehors de cette pandémie, ce thème de plaisir illimité, sans rentrer dans la politique, pourrait être raccrocher à la surconsommation ou au capitalisme, est-ce que vous formulez indirectement une critique de ce système ?

A.H : Je pense que l’argent est le nœud du problème. Les gens pensent que le bonheur est lié à la possession d’argent. Je ne pense pas que ce soit le cas. J’entends beaucoup de personnes qui se sont enrichis plus que dans leurs rêves les plus fous et ils ne sont pas particulièrement heureux pour autant. Quand tu arrives à un moment de ta vie, tu dois directement pensé au prochain objectif.

C’est difficile, j’ai l’impression que peu de gens arrivent à prendre du recul sur ces choses-là. Parfois, on doit vendre nos âmes pour travailler, sans prendre aucun plaisir, on détruit la planète malgré qu’on nous explique pour la 1000ème fois qu’elle meurt déjà. Je pense qu’en tant qu’humain nous sommes extrêmement égoïste. On pense à nos objectifs personnels uniquement. On ne cherche pas de solutions globales, on regarde uniquement des objectifs. Cet album est une observation de ce système dont on est assez déçus finalement.

Adam et Jack, vous êtes frères. Vous connaissez la légende des frateries dans les groupes de rock, ça se termine rarement bien. Est-ce que c’est quelque chose à laquelle vous pensez ? Est-ce que ça crée de la peur chez vous ?

A.H : Je ne sais pas, on n’a pas peur de se dire ce qui ne nous plaît pas. Mais c’est normal pour toutes personnes qui restent enfermées ensemble dans une chambre pendant 5 ans (rires). Même avec Tom, on a un peu l’impression d’être un groupe de frères ! On a pas peur de dire ce qu’on pense. On n’a pas besoin d’argumenter.

Être dans un groupe avec mon frère ne m’affecte pas spécialement, je n’ai jamais imaginé faire différemment à vrai dire. Ca affecte un peu notre quotidien parce qu’on parle essentiellement de musique ensemble donc parfois c’est important du recul pour se rappeler qu’il y a une vie en dehors du groupe. Je pense que c’est ce qui a fait défaut aux Gallagher d’ailleurs. Mais de notre côté, on a tous le même rôle dans le groupe. On est meilleurs amis dans la vie donc quand on part en tournée c’est une belle fête !

Ce premier album sorti, qu’attendez-vous de la suite ?

A.H : Peu importe ce qu’il se passe après, on sera heureux. Avec la pandémie ça ne sera pas évident… Je pense que l’album va plaire aux gens et on va se concentrer sur le deuxième album dès que possible. On sait que c’est possible d’avoir besoin de quelques albums pour se faire connaître. Il me semble que Queens of the Stone Age a sorti 2 albums avant Songs for the Death. Et même après ça ils n’étaient pas le plus grand groupe du monde. Tout le monde a des parcours différents et on attend de voir lequel sera le nôtre. On est super fiers de cet album et on espère continuer de progresser dans ce sens.

Et il y a le live, vous en avez parlé. Vous avez pu venir plusieurs fois à Paris. Est-ce que vous prévoyez de revenir en Europe rapidement ? Est-ce que le Brexit va avoir un impact pour vous ?

A.H : Oui, je crois qu’on a joué 3 fois à Paris. On a joué pour le Pitchfork Festival dans un sous-sol qui ressemblait un peu à un bunker (à la Mécanique Ondulatoire, ndlr). Une tournée européenne était prévue en septembre dernier et elle a été annulée puis déplacée à septembre mais ça parait compromis. On espère pouvoir revenir début 2022. Le Brexit c’est un obstacle de plus qui s’ajoute à une liste déjà longue. C’est jamais simple de jouer en Europe en tant que groupe britannique. On ne va rien laisser nous arrêter. On sera de retour !

Peu importe les obstacles, on trouvera un moyen. On a eu de superbes expériences en Europe. On a encore envie de découvrir des nouvelles villes. Jusqu’à maintenant Paris a toujours été la première date de la tournée. La date d’échauffement en quelque sorte (rires). Donc on va essayer de programmer la date parisienne plus tard dans la tournée cette fois ! On n’a jamais encore joué en tant que tête d’affiche, on est impatient de jouer cet album en live !

Dernière question, la situation s’améliore en Grande-Bretagne où les bars ont rouvert en terrasse. Qu’est ce qui a changé dans vos vies ? Quels conseils pour les français qui attendent impatiemment ces réouvertures ?

A.H : Rien n’a vraiment changé. C’est agréable de voir qu’on fait un pas dans la bonne direction. Mais finalement, on a attendu tellement longtemps, que maintenant qu’on peut à nouveau sortir on se dit simplement « ah ok ». On attend surtout de pouvoir remonter sur scène rapidement. Et on espère bien sûr que vous pourrez retrouver cette liberté aussi en France !

On attend que ça en tout cas ! Allez écouter l’excellent premier opus de The Pale White qui vient de paraître. On l’a d’ailleurs écouté pour vous, notre avis est  ! Et pour soutenir le groupe c’est par ici.

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