Interview – Jungle : “Aujourd’hui on est heureux et on a de l’énergie à revendre !”

À l’occasion de la sortie de Loving in Stereo, le troisième album de Jungle, duo composé de Josh Lloyd-Watson et Tom McFarland, nous avons eu l’occasion de leur poser quelques questions. C’est donc avec Tom que nous avons pu discuter via Zoom. On a parlé bonheur, danseurs et Billie Eilish — mais caméra éteinte : c’était le matin.

Sound of Brit : Félicitations pour votre album ! On l’a vraiment adoré ! 

Tom : Merci beaucoup, ça a été cool, c’est une semaine de folie !

Sound of Brit : Vous êtes maintenant numéro 2 des charts c’est ça ? 

Tom : Au Royaume-Uni, oui. Si à 14 ans on m’avait dit “tu as un album qui est numéro 2 mais le numéro 1 c’est The Killers”, ça ne m’aurait absolument pas dérangé. 

Sound of Brit : Par rapport à vos précédents albums, Loving is Stereo est un peu plus funk et disco, il est très dansant et chaque chanson est chaleureuse. Vous avez commencé à l’écrire avant le confinement, est-ce que c’est le son que vous aviez initialement prévu ou est-ce que la situation a tout changé ? 

Tom : Ouais, on était dans un bon état d’esprit en 2019 ! Ce que vous pouvez entendre c’est ça, on avait presque fini l’album fin 2019. On a fait une grosse session d’enregistrement à The Church, le studio où on a enregistré tous nos albums. C’est un très bel endroit pour travailler, c’est très grand, c’est ouvert. Je pense qu’on avait un état d’esprit très positif à cette période et donc c’était sympa de retrouver cet état d’esprit, c’était logique, peut-être encore plus maintenant pour nous. Ça aurait pu se passer de deux façons, on aurait pu se dire “bon c’est pourri”, mais c’est logique, c’est toujours cool donc on est juste super heureux. 

Sound of Brit : C’est un changement agréable comparé à l’atmosphère plus sombre qu’il y avait sur Forever. 

Tom : Oui, on avait le cœur brisé en enregistrant cet album, maintenant c’est l’inverse. 

Sound of Brit : Est-ce que vous avez eu des influences particulières en l’enregistrant ? 

Tom : C’est toujours dur à dire parce qu’on écoute énormément de musique très variée. Et quand on se retrouve en studio à enregistrer, on essaie de ne pas écouter de musique du tout, parce que sinon on finirait juste par copier quelqu’un d’autre. Ce qu’on essaie essentiellement de faire en studio, c’est de créer des chansons à partir d’un sentiment dont on se souvient, donc il s’agit plus d’une réponse émotionnelle que d’un genre particulier. Cet album est certainement une réponse émotionnelle à ce qu’on a pu faire dans le passé, des choses qui étaient plus mélancoliques, maintenant qu’on est heureux et qu’on a de l’énergie à revendre. 

Sound of Brit : Il y a plusieurs invités sur l’album, c’est la première fois que vous faites des featurings. Comment les chansons vous sont-elles venues, est-ce que vous saviez déjà avec qui vous souhaitiez collaborer ? 

Tom : Ça s’est fait de façon extrêmement naturelle. Ces deux chansons sont sur l’album car il s’agit de deux de nos amis qu’on a rencontrés pendant l’enregistrement de Loving in Stereo, donc ils font partie de notre aventure. Et quand on a fait la tracklist définitive, ces chansons sortaient vraiment du lot. On ne voulait pas juste faire des featurings parce qu’on allait avoir plus d’articles ou plus de followers, ou toucher un nouveau public. Je pense qu’on ne ferait jamais quelque chose d’aussi cynique. Je me souviens avoir entendu des chansons avec des featurings sur des albums et m’être demandé “pourquoi est-ce que c’est sur l’album ? C’est pas vraiment une bonne chanson, t’as juste fait ça pour l’algorithme Spotify”. On voulait une approche différente et on a vraiment eu de la chance de rencontrer Bas et Priya, on s’est beaucoup amusés avec eux en studio et on a créé deux chansons qu’on adore. C’est intéressant parce que c’est différent des autres chansons de Jungle et c’est ce qui les rend cool. Je pense que sur cet album, on a eu assez confiance en nous pour éviter de faire ce que les gens attendent de nous et donc ajouter ces chansons, ça nous a poussés à faire quelque chose d’un peu différent. 

Sound of Brit : Vous avez toujours inclus des danseurs dans vos clips. Pourquoi cette association ? 

Tom : Quand on a fait le premier clip, on s’est dit “quelle idée est la plus simple?”. Et pour nous, c’était d’avoir un danseur. Et puis en continuant, on est un peu devenus obsédés par l’idée d’avoir un concept aussi génial où on aurait des danseurs dans chaque vidéo. Parce que je pense que quand on se penchera dessus dans vingt ans, ce sera très satisfaisant de s’intéresser à ce projet et de se dire “wow, on avait vraiment confiance en nous au point de garder une certaine liberté dans la créativité, tout en restant consistant”. Bien évidemment, chaque vidéo est différente, on a des couleurs, des lieux, des chorégraphies différentes, ce n’est jamais la même chose. Mais on ne voulait pas trop se compliquer les choses et on adore vraiment être derrière la caméra, on ne voulait pas apparaître dans nos clips. Donc la seule option qu’il nous restait, c’était de mettre des danseurs parce qu’on ne voulait pas faire une de ces vidéos de musique ambient où on voit par exemple quelqu’un conduire à travers une forêt. Ça nous emballe pas. 

Sound of Brit : Est-ce qu’un jour on verra des danseurs sur scène ? 

Tom : C’est possible. Je ne peux pas nier ou confirmer pour l’instant. 

Sound of Brit : Vous utilisez beaucoup de plans séquences, notamment dans le premier single (Talk About it). Est-ce que c’était compliqué à filmer ? C’est un format vidéo que vous aimez particulièrement ?  

Tom : C’est vraiment compliqué à filmer. Pour Talk About it, qui est très groovy, on a dû faire vingt prises. On a les premières minutes, puis quelqu’un foire les dix dernières secondes et on est là “merde on doit tout recommencer !” C’est un challenge en tant que réalisateurs qu’on a toujours beaucoup aimé. On retient l’attention des gens plus longtemps de cette façon, on n’a pas l’occasion de changer ou d’éteindre comme dans un clip qui a été beaucoup édité et où on change rapidement de séquence ou de scène. Des personnes pourraient dire “oh c’est parfait pour la génération actuelle, c’est comme lorsqu’ils sont sur leurs téléphones et qu’ils swipent ou changent d’application”. Donc on l’a un peu fait en réaction à ça mais aussi pour retenir l’attention des gens, quand il y a trop de contenu ou d’édition on n’arrive plus à se concentrer sur ce qu’on voit. 

Sound of Brit : Ça ajoute une touche d’élégance, c’est très cinématographique. 

Tom : Merci c’est une bonne description ! Je le dirai à Charlie (Di Placido, le réalisateur) et Josh.

Sound of Brit : Vous aimez vous entourer de danseurs dans les clips et de musiciens sur scène, mais est-ce que vous comptez aussi faire des DJ sets comme vous avez pu faire dans le passé ? 

Tom : Oui, très certainement, c’est vraiment quelque chose qui nous plaît. Les DJ Sets pour nous c’est quelque chose où on n’a pas trop de pression … Quand on est sur scène en tant que Jungle, il y a énormément de personnes, il ne faut pas se louper, les fans connaissent les chansons, il y a beaucoup d’éléments. Donc quand on est juste DJ, c’est plutôt relaxant pour nous d’une certaine façon. Mais l’inconvénient, c’est qu’on n’aime pas sortir jusque tard dans la nuit. Et la plupart du temps, on nous dit “vous pouvez faire un set mais seulement à 3 heures du matin” et on est là “euh … si on pouvait le faire à minuit ça serait vraiment cool” et ils sont là “non non on peut pas le faire à minuit” et on est là “bon ok”… Peut-être qu’un jour on le fera, mais on a vraiment besoin de notre sommeil ! On va clairement continuer à faire autant de choses qu’on peut en tout cas, la vie est courte, donc il faut profiter de chaque opportunité, et les DJ sets sont plutôt cools parce qu’on a juste à mettre des chansons qu’on aime et profiter du moment, on ne se prend pas la tête. 

Sound of Brit : Au Royaume-Uni, vous faites la première partie de Billie Eilish. Est-ce que vous pensez collaborer avec elle un jour, ou Arlo Parks qui sera là également — sans prendre en compte l’algorithme spotify ? 

Tom : J’espère, c’est une artiste géniale ! Une artiste féminine incroyablement unique de cette génération, on admire Arlo également, elles sont vraiment sorties du moule que l’on impose aux artistes pop ou féminines, c’est très puissant. Elles ont retiré la sexualité de leur musique et rendent ainsi leur travail beaucoup plus artistique, ce n’est plus centré sur elles comme rouages d’une étrange machine perverse. Et c’est quelque chose qui est tellement rare et magnifique dans la musique en ce moment. Leur management et leurs labels méritent le respect pour les avoir autorisées à faire ça, les avoir autorisées à ne pas se fondre dans la masse et pas juste être des connasses en couverture de magazine, parce qu’en vrai on s’en fout ? Ça n’a aucune importance. On s’intéresse à leur musique et leur univers artistique, et elles ont toutes les deux un talent incroyable. 

Sound of Brit : En janvier prochain, vous allez jouer au Zénith de Paris, qui apparemment sera votre plus grand concert. Est-ce qu’il y aura également des festivals ? 

Tom : J’espère ! On n’aura pas d’infos sur les festivals avant le début d’année prochaine, mais je suis sûr que ça se fera. On arrive à un moment où beaucoup de choses qui devaient se passer en 2020 ont été décalées à 2021 puis plus loin dans le futur. Je pense qu’il y aura énormément de choses l’été prochain et j’espère vraiment qu’on pourra. On a passé un super moment à Rock en Seine, on a aussi joué aux Solidays. L’un de nos premiers festivals était en France, le genre de festival français qui est carrément sur la place du village, tout le monde vient et s’éclate. J’espère qu’on reviendra en France rapidement car c’est l’un des premiers pays en dehors du Royaume-Uni où on s’est produits, il y a un lien spécial. 

Sound of Brit : C’est assez impressionnant de passer de L’Olympia au Zénith, où il y a 6000 places. Qu’est-ce que ça vous fait ? 

Tom : C’est super excitant ! Je pense que ça montre où on en est et l’engouement des fans français. On a joué devant autant de personnes au Royaume-Uni, mais en dehors ouais c’est notre plus gros concert, c’est vraiment super excitant ! Je crois qu’on a déjà joué là-bas, on avait dû jouer deux chansons dans le cadre du Virgin Radio Festival, en 2015 je crois. Je me rappelle être sur scène et m’être dit “merde, c’est grand !”. Donc c’est vraiment super excitant, et j’espère qu’on donnera un super concert ! 

Sound of Brit : Pour terminer, est-ce que tu as des recommandations musicales, un artiste que tu aurais découvert récemment ? 

Tom : Oui, j’ai acheté ce vinyle il n’y a pas longtemps … En fait, deux albums que j’ai achetés récemment et que j’adore. Vous connaissez le groupe anglais Bombay Bicycle Club ? Jack Steadman, le chanteur, a sorti un album avec Barney Artist, appelé Mister Jukes and Barney ArtistThe Locket LP. Et c’est vraiment très très cool. Il y a aussi El Michels Affair, un album appelé Yeti Season, qui est très cool. C’est un genre de funk hispano-turc. C’est ce que j’écoute en ce moment ! 

En attendant de les retrouver au Zénith de Paris le 27 janvier 2022, lisez ce qu’on a pensé de Loving in Stereo !

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