22 Août 30 ans plus tard, la Britpop est-elle à son apogée ?
Autrement dit, les années 2025 et 2026 sont-elles les nouvelles années 1995 et 1996 ?
D’Elastica à Suede en passant par Cast, The Verve, Supergrass et beaucoup d’autres encore, les groupes associés à la Britpop sont innombrables. Pour autant, lorsque l’on parle de ce genre, on évoque toujours les trois mêmes : Oasis, Blur et Pulp.
Qu’est-ce que la Britpop ?
Il faut dire que la Britpop est un genre musical terriblement flou. Le seul point commun entre tous ces groupes semble être d’avoir connu le succès au milieu des années 90 en Angleterre grâce à des mélodies mélangeant pop rock et des textes racontant la jeunesse anglaise. Mais si l’on se concentre sur les trois gros phénomènes de ce genre : Oasis évoluait plutôt dans du rock classique très inspiré des années 60 et 70. Blur était beaucoup plus inspiré par l’art pop et la satire sociale anglaise. Et Pulp mélangeait le disco, le post-punk et le folk. De la même manière, il est aussi difficile de savoir exactement quand la Britpop commence et quand elle s’arrête. Pour beaucoup, l’album fondateur est Suede de Suede en 1993, tandis que Be Here Now d’Oasis sonnerait la fin du genre musical. Mais pour d’autres, c’est l’album éponyme de The La’s qui aurait tout déclenché et le célèbre Urban Hymns de The Verve qui aurait marqué la fin d’une époque.
Les désaccords existent même au sein des groupes. Oasis, par exemple, a toujours refusé l’appellation Britpop. En 1995, déjà, Noel Gallagher déclarait “We’re not Britpop. We are universal rock.” Tandis que Blur a, dès 1996, dénoncé l’aspect nationaliste et la récupération politique malsaine de ce mouvement.
Car, en effet, la Britpop était tellement populaire à cette époque auprès de la jeunesse que les politiciens n’ont pas tardé à s’en approcher. L’exemple le plus célèbre est probablement celui de Noel Gallagher posant publiquement aux côtés de Tony Blair, alors nouveau Premier ministre, dans la célèbre résidence du 10 Downing Street. Damon Albarn et Jarvis Cocker ont tous les deux révélé avoir également été approchés à l’époque, mais avoir refusé l’invitation. La meilleure réponse à ce sujet est peut-être une chanson de Pulp parue en 1998 qui s’appelle Cocaine Socialism et qui dénonce clairement la récupération politique de ce mouvement musical. Dans les paroles, Jarvis Cocker incarne alors un nouveau Premier ministre qui lui dit ceci : “Well you sing about common people And the mis-shapes and the mis-fits So can you bring them to my party And get them all to sniff this And all I’m really saying Is come on and rock the vote for me”.
Un succès phénoménal
Et si les politiques se sont intéressés de si près aux artistes, c’est parce que leur succès était phénoménal. Pour vous donner un exemple, en 1996, le magazine Rolling Stone a écrit qu’à cette époque-là, en Angleterre, Oasis était aussi célèbre que la famille royale. Leur deuxième album, (What’s The Story) Morning Glory?, est considéré comme le cinquième album le plus vendu de l’histoire de la musique anglaise. Blur, de son côté, a également multiplié les apparitions en unes des tabloïds et des JT. Ainsi, quand, en 1995, ils gagnent la fameuse bataille de la Britpop avec leur single Country House dépassant Roll With It d’Oasis, leur victoire est discutée au journal télévisé. Et quand Jarvis Cocker fait scandale suite à un débordement face à Michael Jackson, c’est tout simplement David Bowie qui vole à son secours.
L’influence sur les nouvelles générations
Après la fin des années 1990, la Britpop a doucement laissé place à d’autres genres tout aussi appréciés, comme le hip-hop ou la musique électronique. Si les groupes phares restent populaires, ils ne sont plus forcément ceux auxquels on pense lorsque l’on parle des superstars d’aujourd’hui. Des artistes comme Taylor Swift, Ed Sheeran, Billie Eilish, Charli XCX ou encore Harry Styles sont beaucoup plus prisés par la jeunesse que les quinquagénaires anglais.
Pour autant, si l’on se penche sur la nouvelle génération de célébrités, les liens avec l’ancienne apparaissent rapidement. Billie Eilish, par exemple, est une immense fan de Damon Albarn. Elle a fait de nombreux posts Instagram à son sujet et l’a même invité sur scène lors d’un concert à Coachella en 2022. Elle a également été vue dans le public des concerts d’Oasis en 2025. Charli XCX, de son côté, est une grande fan de Pulp. On l’a notamment vue diffuser un écran avec écrit « Pulp Summer » pendant son concert et même déclarer « OMG I’m dead« après que Jarvis Cocker a joué l’un de ses titres lors de l’un de ses DJ sets.
Un succès international
Alors non, dans les années 2020, Oasis, Blur et Pulp ne font plus la une de la presse et des JT comme c’était le cas à l’époque. Mais c’est comme si, au lieu de stagner ou de régresser, leur popularité s’était élargie au reste du monde.

Dans les années 1990, la popularité d’Oasis en Angleterre était massive. Les frères Gallagher étaient un peu connus à l’étranger grâce à des tubes comme Wonderwall ou Don’t Look Back In Anger, mais leur rayonnement n’égalait pas celui qu’ils avaient dans leur pays. Aux États-Unis, la plus grosse salle qu’ils avaient remplie dans les années 1990 était le célèbre Madison Square Garden, une salle de 20 000 places dont les billets ont mis plusieurs mois avant de s’écouler. En 2025, ils ont rempli deux soirs de suite le Metlife Stadium de New-York qui comporte 82 700 places. En Angleterre, toujours en 2025, ils ont joué sept fois, à guichets fermés, au stade Wembley, soit sept fois 80 000 personnes en seulement deux mois. Et quand les places ont été mises en vente pour ces concerts, ce sont plus de 14 millions de personnes qui étaient connectées en même temps pour espérer avoir un billet.
Et les autres groupes ne sont pas en reste. En 2023, Blur a sorti un album intitulé The Ballad of Darren qui a été numéro 1 des ventes en Angleterre. Avec ce dernier, ils ont entamé une petite tournée durant laquelle ils ont également rempli deux fois le stade Wembley. Pulp, de son côté, a sorti en 2025 son premier album depuis 24 ans. More a non seulement été numéro 1 des ventes en Angleterre, mais il a également été nommé au prestigieux Mercury Prize. Suede, de son côté, n’égale pas les scores de ses contemporains, mais si l’on parle de succès critique et uniquement de succès critique, leur album Autofiction paru en 2022 est noté par de nombreux sites de critiques professionnels comme leur meilleur depuis Dog Man Star en 1994.
Pourquoi ce renouveau ?
L’explication la plus simple à ce phénomène serait la nostalgie. Mais si l’on en croit les nombreux comptes TikTok dédiés à ces artistes et les nombreux commentaires d’adolescents avouant les avoir découvert ces dernières années, on ne peut pas tout baser sur l’amour du passé. Peut-être sont-ils tout simplement des enfants qui ont grandi avec les chansons préférées de leurs parents. Les raisons sont probablement multiples et les interprétations encore plus nombreuses. Mais il existe tout de même un point commun entre les trois piliers de la Britpop : leurs chansons n’ont jamais été aussi modernes.
On y a déjà consacré un article il y a quelques années, mais, des années avant que les réseaux sociaux ne s’emparent de ce sujet, Oasis a bâti ses hymnes sur l’affirmation de soi et la rage d’exister. De son côté, avec Girls & Boys, Blur a écrit une chanson clairement avant-gardiste sur la fluidité des genres et des sexualités dont le refrain n’était autre que “Always should be someone you really like”. Quant à Pulp, à travers des titres comme Common People ou Mis-Shapes, le groupe racontait dès les années 90 la violence des classes sociales et le rejet des marges – des fractures qui n’ont cessé de se creuser depuis.
Dans les années 1990, les chansons de britpop étaient majoritairement joyeuses et pleines d’humour. C’était la réponse anglaise au grunge qui dominait alors les charts américains. De plus, l’Angleterre connaissait alors une période assez anxiogène et sombre, puisque l’ère Thatcher venait tout juste de se terminer. Si, aujourd’hui, le grunge n’est plus vraiment à la mode, l’époque a pour autant rarement été aussi anxiogène. Partout dans les informations, on parle de crises économiques, climatiques et diplomatiques… Rien d’étonnant, alors, à ce que les gens se ruent dans les stades pour y chercher une bouffée d’oxygène portée par des morceaux qui, hier comme aujourd’hui, réclament le droit à la différence, à l’émancipation et à la joie.





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