Bring Me the Horizon – amo

amo pour amour, amo pour maître, amo pour munition. Bring Me the Horizon livrent avec ce 6ème album leur effort le plus électrisant et irrévérencieux. Écoute et critique.

Qu’on est loin du deathcore de Count Your Blessings; et tant mieux. Depuis 15 ans, Bring Me the Horizon s’amusent à faire évoluer leur style, passant du deathcore au metalcore, intégrant des sonorités symphoniques, se tournant vers l’électronique pour proposer des compositions plus pop, et jouant finalement sur le terrain de l’alternative rock radio-friendly. Cette évolution, on la doit notamment à Jordan Fish, fraîchement débarqué dans la formation au moment de composer le succès Sempiternal, et qu’on retrouve sur amo à la production, aux côtés de notre très cher Oliver Sykes.

Oubliez tout ce que vous pensiez savoir sur Bring Me the Horizon. Si l’ultra-efficace single MANTRA vous a fait penser que le groupe allait poursuivre dans la veine de That’s the Spirit… Disons que amo poursuit la métamorphose amorcée sur la précédente galette. i apologise if you feel something s’ouvre ainsi sur des nappes électroniques pop et aériennes, vite complétées par des voix modulées à l’extrême. Et ce n’est que l’ouverture.


Dans votre zone de confort avec MANTRA? Le groupe convoque Grimes et s’assure que vous vous éclatiez bien la gueule au sol avec nihilist blues, monstre de production électro-alternative à la puissance surréaliste, limite mystique, dont la force se retrouvera plus loin dans l’épatant why you gotta kick me when i’m down?. Ce BMTH cru 2019 est heavy, mais loin du sens standard du thème: ici, c’est la production et le rythme qui viennent se fracasser à la face de l’auditeur, et pas simplement des riffs agressifs tirés d’une guitare accordée deux tonalités en-dessous.

De ces riffs, il en sera tout de même question dans amo. Le single wonderful life est toujours aussi ridiculement efficace, portant fièrement son titre de morceau le plus heavy de l’album; Dani Filth n’y est pas pour rien. in the dark, comme tiré de That’s the Spirit, vient malicieusement s’accrocher à nos oreilles pour ne plus nous lâcher. sugar honey ice & tea, nihiliste au possible, se permet solos et screamos en cours de route. Et que dire de heavy metal, infusant killer riff, séquençage jouissif et beatbox (shout-out à Rahzel) pour culminer sur une outro aussi hardcore que brève; sans parler du texte, pied-de-nez absolu aux puristes de la première heure.

Car ce n’est sûrement pas un hasard qu’il ne manque qu’une consonne au titre amo pour se traduire en “munition”. Cet effort se permet, lyriquement et musicalement, un tir à deux cibles: la première, l’ex-femme d’Oli, dont il s’est séparé suite à une effroyable histoire de tromperie. La deuxième cible, c’est évidemment celles et ceux critiquant le nouveau son de Bring Me the Horizon, qui regrettent le BMTH du début. “All I wanna know do you love me anymore ‘Cause some kid on the ‘gram said he used to be a fan but this shit ain’t heavy metal” chante Oli sur heavy metal. La formation n’est pas intéressée à ressasser le passé; si ce n’était pas clair, amo, violent album de rupture, rend ce message clair.

BMTH Amo

Le message passe évidemment tant lyriquement que musicalement; ouch, interlude s’ouvrant sur la phrase “tu as tué mon bébé” (en français dans le texte) s’autorise un collage sonore volatile et synthétique, à milles lieues de tout instrument organique. fresh bruises s’offre une expérimentation du même genre, tandis que medecine, au refrain cadencé, enfonce le clou d’un virage électro-pop magistralement négocié. Une réserve est néanmoins à faire sur mother tongue, titre là aussi electro-pop ne témoignant cette fois pas de l’ingéniosité ou de l’efficacité des autres titres proposés au cours de ces 52 minutes d’écoute.

Inutile de préciser que la production de Sykes et Fish est monstrueuse et élève les talents de chaque musicien a des intensités folles, avec une mention toujours très spéciale pour Matt Nichols, batteur décidément fou, et Lee Malia, guitariste implacable. Et sur i don’t know what to say, chaque membre a son moment de bravoure tant ce titre aux milles influences, se révélant imprévisible d’un moment à l’autre. Après cette presque heure de folie, comment ne pas y revenir?


Avec amo, Bring Me the Horizon livrent leur album le plus épanoui, le plus libre et le plus démentiel à ce jour. Exit toutes conventions: la formation de Sheffield amène sa musique où elle l’entend, comme elle l’entend, brassant les influences sans jamais se perdre en chemin. Il y a de tout pour tout le monde de cet album, et pourtant amo ne perd jamais de vu un évident sens de cohésion, tant d’un point de vue lyrique que musical. Qu’on est loin du deathcore de Count Your Blessings. Et on ne s’en est jamais mieux portés.

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Tracklisting

i apologise if you feel something

MANTRA

nihilist blues (feat. grimes)

in the dark

wonderful life (feat. dani filth)

ouch

medecine

sugar honey ice & tea

why you gotta kick me when i’m down

fresh bruises

mother tongue

heavy metal (feat. rahzel)

i don’t know what to say

Nos + : MANTRA, nihilist blues, wonderful life, why you gotta kick me when i’m down, heavy metal, i don’t know what to say

La note: 9/10

1 Comment
  • Crawlek
    Posted at 01:13h, 25 janvier Répondre

    Vraiment d’accord sur toute la ligne. Il est vrai que “medecine” a pu en dérouter certains ; et “mother tongue” les achever dirais-je. Mais c’est un album qui a du sens avec son écoute, en intégralité. Peut-être pourrait t-on reprocher les 2 interludes présentes ? Et encore, je pense qu’elles sont essentielles à une bonne transition entre les morceaux. J’ai été vraiment agréablement surpris par “nihilist blues”, et je m’en veux presque d’avoir trouver “mother tongue” ennuyeuse, parce l’écouter en dehors de l’album, c’est l’écouter en dehors de son contexte. Ils auraient peut-être mieux fais de garder la surprise si je puis dire ! A moins qu’ils aient voulus prévenir les puristes de “Count Your Blessing” ou “Sempiternal” dans le sens où ces derniers devais s’attendre un changement radical de prise de direction musicale. Bref, une première écoute vraiment plaisante, à réitérer, à tête reposée !

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