Carwyn Ellis : “Colorama a toujours été ce que j’ai voulu qu’il soit !”

Nous avons rencontré Carwyn Ellis à Londres, l’homme de l’ombre avec un CV musical impressionnant. Après avoir travaillé avec Oasis, Edwyn Collins et une myriade d’artistes de renom, ce multi-instrumentaliste, songwriter, chanteur, producteur et arrangeur a décidé d’avoir son propre groupe. Colorama vient de sortir son sixième et magnifique album, Temari (relisez notre review ICI) et nous avons eu envie d’en savoir un peu plus sur cet artiste au grand talent.

 Carwyn-B©Andrea Garbo

Par un vendredi après-midi de juillet très ensoleillé, j’ai retrouvé Carwyn sur Ladbroke Grove au nord de Notting Hill. Quelqu’un de vraiment adorable, simple, souriant m’attendait à la sortie du métro.
Après avoir comparé le climat de nos deux patries celtes, le Pays de Galles et la Bretagne, Carwyn m’a parlé de la grenouille qui vivait dans son jardin, de Françoise Hardy, de ses nombreux projets musicaux et de l’avenir de Colorama.

 

SoB : Le nouvel album de Colorama, Temari, est sorti le 23 juin dernier. Pour l’occasion, vous avez joué quelques concerts en mai et juin pour présenter cet album en live. Comment était-ce ?

Carwyn : Super merci ! Vraiment bien. C’était des petits shows. L’un d’eux s’est passé à The Social à Londres. Très petit, compact, moite, une petite salle très excitante, j’ai bien aimé. C’était vraiment bon. Et un autre show a eu lieu au Cinnamon Club à Manchester. C’est un jazz club, donc totalement différent, où les gens étaient assis avec des tables enfin tu vois un jazz club. Il y avait un grand piano donc j’ai pu en jouer. J’aime jouer du piano.

 

« Je ne peux rien faire d’autre, la musique est la seule chose que je sais faire. »

 

SoB : Entre l’année dernière et aujourd’hui, tu as enregistré un EP (Heaven’s Hotel) et un nouvel album (Temari) pour Colorama. Tu as travaillé avec de nombreux artistes notamment le groupe japonais de Quruli ou encore Emma Tricca. Et tu as également fait la B.O. de The Possibilities Are Endless avec Edwyn Collins entre autres choses. En fait tu ne peux jamais t’arrêter !

Carwyn : Je ne peux rien faire d’autre, la musique est la seule chose que je sais faire. Je suis rapide lorsque je fais de la musique donc je n’aime pas perdre du temps. Je suis ici pour je ne sais combien de temps uniquement pour en faire et nous devrions tous utiliser le temps qui nous est imparti ici.

 

SoB : Tu es bourré d’idées cosmopolites mais tu sembles attaché à tes racines galloises où Colorama est bien implanté. Est-ce important pour toi de garder cela ?

Carwyn : Pour te dire la vérité, en fait je n’y pense pas consciemment. C’est juste qui je suis, ce que je suis donc c’est là. Parfois j’écris en gallois, parfois en anglais. Je ne décide pas d’écrire spécialement en gallois ou en anglais ou oh aujourd’hui je vais écrire une chanson en japonais avec une touche de turc. Je ne pense pas à cela, quand ça vient ça vient et je fais avec !

 

 

SoB : En fait tu as travaillé avec un tas d’artistes et de groupes, certains très connu comme Oasis, mais nous te connaissons très mal. De plus Colorama existe désormais depuis quelques années et a produit de très bons albums. Comment cela se fait-il que nous n’en entendons jamais parler ? Est-ce un choix de rester si discret ?

Carwyn : Je ne sais pas ! Bonne question ! Je ne peux pas y répondre.
Je travaille vraiment dur, nous jouons un peu partout mais je suppose que ce n’est pas vraiment couvert par les blogs. C’est vraiment très gentil à toi de nous avoir couvert, de nous avoir trouvé ; tu l’as fait, tu m’as trouvé. La plupart des gens qui nous trouvent viennent ensuite nous voir quelque part et ce n’est pas parce que un magazine ou un blog a dit « tu dois écouter Colorama » ! Ce n’est rien. Nous sommes vraiment gardés dans le secret !

 

SoB : Maintenant revenons à Temari en lui-même.
Concernant la composition es-tu l’unique songwriter au sein du groupe ou est-ce que les autres membres contribuent également ?

Carwyn : Je suis l’unique songwriter.

 

SoB : Dans vos précédents albums tu avais l’habitude de chanter au moins une chanson en gallois. Mais depuis Good Music (ndl : album précédent Temari sorti en 2012) on ne retrouve aucune chanson de cette superbe langue celte. Pourquoi ?

Carwyn : Il n’y a pas vraiment de raison. Il y a quelques années j’ai fait un album entièrement en gallois (ndl Llyfr Lliwio/Colouring Book).
J’aime la musique des quatre coins du monde, à des périodes différentes et j’aime parfois ne pas forcément comprendre ce que les gens chantent. Mon artiste préférée c’est Françoise Hardy, je suis un grand fan. Je comprends la majorité des chansons en français mais pas tout. Ce n’est pas à propos des mots en eux-mêmes mais plutôt des sentiments. Ça aide parfois les musiciens à libérer leur imagination.
Je ne peux pas te dire pourquoi il n’y a pas de chanson en gallois. J’en ai écrit beaucoup ces dernières années et je suis en train de réaliser une compilation en langue galloise pour la fin de l’année ou dans les 6 mois qui suivront. Il y aura deux nouvelles chansons en gallois mais tout le reste sera une compilation de trucs qu’on a déjà faits.

 

 

SoB : Tu parles souvent d’amour dans tes chansons. Est-ce quelque chose qui t’inspires en particulier ?

Carwyn : Ce n’est pas une habitude. Lorsque j’écris des chansons je vais mieux. Quand j’ai commencé je ne m’occupais pas vraiment des émotions, juste raconter des histoires. Maintenant j’aime raconter des histoires mais avec plus d’émotions. Plus j’écris, plus je reçois. C’est difficile d’exprimer ses sentiments quand on est britannique.

 

SoB : Colorama est aussi un groupe coloré avec des chansons positives comme Forget Tomorrow ou des clips joyeux comme celui de Candy Street. C’est un bon message : va de l’avant, profite de la vie, amuse toi…

Carwyn : Je pense que oui. J’essaie d’être positif quand je peux. Les choses sont que la musique a une dynamique et les mots doivent être lumière et ombre. Tu as la lumière, tu as l’obscurité. Tu as besoin des deux pour te faire une vraie idée. Quelques fois, vous pouvez trouver que nos singles devraient être plus positifs mais il y a la tristesse aussi. J’aime faire des trucs joyeux, j’aime rendre les gens heureux, j’aime voir les petits gamins ainsi que les gens danser. C’est bien.

 

 

SoB : Temari est musicalement plus proche de vos premiers albums que de Good Music qui était quelque peu différent. Est-ce un choix délibéré ou totalement inconscient ? Comment est né Temari ?

Carwyn : Je ne prends pas de décisions consciemment à propos de quelle sorte d’album je vais faire.
La route qu’a prise la création de Temari est un processus bien plus long que d’habitude pour moi. J’ai fait différent albums. J’ai écrit et terminé un album entier en 2012. Cet album s’appelait Heaven’s Hotel mais il a été rejeté par mon éditeur et mon label qui n’en voulaient pas, ils ne l’aimaient pas car ce n’était pas vraiment un album de groupe. C’était un truc que j’avais enregistré à la maison et les chansons n’étaient pas vraiment joyeuses.
Kerro est l’une de ces chansons. Premièrement c’est une chanson en gallois et deuxièmement ça parle d’une grenouille qui vivait dans mon jardin mais qui est désormais morte. C’est une chanson triste. C’était mon amie, ma grenouille. J’avais l’habitude d’aller la voir.
Pour résumé c’était impossible de rendre cela en live. Je chante vraiment haut, il en va de même pour les harmonies donc impossible en concert.
J’aime vraiment l’album de Heaven’s Hotel mais c’était impossible pour eux. Ils m’ont dit « ce n’est pas du Colorama » alors ma réponse est « Colorama a toujours été ce que j’ai voulu qu’il soit ! » mais ils ne l’ont pas sorti.
J’essaie de sortir un album tous les ans, tous les ans au moins un ! L’an dernier ça été la première fois qu’il n’y en avait pas et je n’étais pas content avec cela. A la fin de l’année dernière, je suis retourné en studio avec le groupe pour essayer de faire plus de matériel et nous avons pu sortir un album cette année.
Ce qui c’est finalement passé, c’est que Temari est sorti en tant qu’album et Heaven’s Hotel en tant qu’EP. Cinq chansons ont été extraites de l’album de Heaven’s Hotel pour l’EP. C’était horrible de couper l’album, de le synthétiser, de le séparer. C’était un bon album pour moi, je l’aimais vraiment mais ils n’en voulaient vraiment pas donc ils l’ont coupé en morceaux. Alors nous avons cinq chansons sur l’EP, quatre ou cinq sur Temari et deux autres chansons qui ont tout simplement disparues et ne sortiront pas.
Alors le processus de Temari est complètement différent de ce que je faisais auparavant et je n’avais pas planifié cela. Je suis arrivé à la fin de l’année après avoir enregistré quelques chansons supplémentaires parce que normalement je viens avec une histoire avant l’enregistrement. Cette fois-ci j’ai d’abord du enregistrer puis créer une histoire.
J’espère que tu trouveras une réponse quelque part là-dedans !

 

 

SoB : Une nouvelle fois l’on retrouve pas mal de références artistiques de ton travail. Est-ce important pour toi de mélanger musique et art ?

Carwyn : Eh bien je pense que oui. C’est ma partenaire Maki qui s’occupe des artworks de Colorama. C’est important car c’est notre identité visuelle, c’est ce que nous montrons aux gens. Quelques soient tes vidéos ou ton album, cela te représente et attire les gens. Donc oui c’est très important de faire de la musique, c’est la plus importante chose mais l’art est important aussi. J’utilise l’art pour amener les gens dans la musique.

 

« Je me prépare à faire un album solo mais quelque chose de très très simple. »

 

SoB : Parlons maintenant de tes prochains projets qui, je suis sûre, sont nombreux !
A quoi peut-on s’attendre pour Colorama dans un futur proche ?

Carwyn : Nous donnons quelques concerts cet été mais pas beaucoup puis nous ferons une bref coupure je pense.
Je me prépare à faire un album solo à mi-parcours, en mon nom, mais quelque chose de très très simple, sans ambition. Je pense que je ferais également un album avec Colorama l’année prochaine. Je n’ai encore rien décidé mais ça devrait arriver.
Sinon j’ai beaucoup de projets différents, en différents noms. Quelques-uns ; juste moi, de la musique instrumentale, des choses comme j’aime les faire.
En ce moment je cherche à explorer différentes choses de manière plus large. Faire un album avec Nev Cottee, un autre avec Sarah Cracknell chanteuse de Saint Etienne un super groupe.
Je vais également travailler avec Gemma Ray une artiste basée sur Berlin et je pense que je ferais quelques shows avec elle vers la fin de l’année. Beaucoup de choses en cours donc !

 

SoB : Ah tu as finalement également répondu à ma question suivante ! Donc tu vas retravailler avec Nev Cottee sur son deuxième album ?

Carwyn : Nev Cottee vient dans quelques semaines sur Cardiff pour faire ça et le matériel est vraiment bon une nouvelle fois. J’ai adoré travailler sur le premier album de Nev (ndl Stations), c’est un de mes amis très chers. Nous sommes amis de longues dates depuis que nous avons travaillé ensemble au sein du groupe Proud Mary il y a quelques années.
J’avais fait une cover de l’une de ses chansons, Stations In The Sky, sur notre premier album Cookie Zoo.
Je l’encourage. Il a une très belle voix et c’est un très bon écrivain.

 

SoB : Edwyn Collins était un mentor pour toi. Apprends-tu toujours auprès de lui et des autres personnes qui t’entourent ?

Carwyn : J’ai été chanceux d’avoir différents mentors. Désormais avec Edwyn je l’aide à faire ses trucs depuis son attaque cérébrale. En quelque sorte j’utilise ce que j’ai appris de lui pour essayer de l’aider à faire le genre d’album que je pense qu’il voudrait faire. Maintenant il ne peut plus du tout jouer d’instrument, je dois jouer la musique pour lui.
J’ai également l’habitude de travailler en studio avec Liam Watson où j’ai beaucoup appris de lui sur la manière d’enregistrer. Ainsi que quelques autres gars. J’essaie d’apprendre de tout le monde. J’ai essayé d’apprendre de Noel Gallagher quand nous avons travaillé avec lui, Nev et moi, avec Proud Mary.
Toutes ces différentes personnes avec qui tu travailles, tu essaies de prendre quelque chose venant d’eux.

 

SoB : Une dernière petite question ! Tu vis désormais à Cardiff mais tu reviens régulièrement travailler sur Londres. Tu aimes voyager ?

Carwyn : Ouais j’adore faire un tas de voyages ! Je vais probablement déménager bientôt mais je ne sais pas encore. J’ai vécu à Londres un long moment où j’y ai fait la plupart de mon travail et où j’y ai rencontré la plupart des gens que je connais au sein du milieu musical.

 

 

 

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